GREIF Olivier (1950 - 2000)Olivier Greif compositeur (et pianiste) "A l'intention de ceux qui découvrent ce musicien [par l'un des 6 enregistrements Triton]: reproduire un bref résumé du parcours d'Olivier Greif, n'est certainement pas inutile, bien qu'il ne soit pas simple de cerner la personnalité de quelqu'un qui n'a cessé de se poserdes questions quant à son identité profonde et à l'imminence de la mort. Sa musique nous touchesans doute, en ce qu'elle exprime cette interrogation, tout comme celle de Chostakovitch d'ailleurs ! « Qui suis-je ? Où suis-je ? Qui est en moi ? Qui parle en moi ? Qui chante en moi ? Qui dit “je” ? Qui pense en moi ? Qui sait qu'il pense ? Qui joue ? Qui mange ? Qui bouge ? Qui vit ? Qui meurt ? Enfin, au-delà de la mort, qui reste.. ? » (O. G.) Qui était en effet Olivier Greif ? Un homme pudique, secret, courtois, plein d'humour, d'une intelligence et d'une culture profondes, disponible et curieux des univers apparemment les plus éloignés des siens. Olivier était très attentif à ses amitiés, mais il en attendait en retour la même exigence : « Je m'attends à ce que ceux qui m'aiment pour ce que je suis, aiment ma musique par le seul fait qu'elle est mienne, donc l'expression de ce qu'il y a de plus profondément personnel en moi ». Il pouvait faire preuve d'une fraîcheur d'âme quasi enfantine, malicieuse, mais sa musique, incandescente, nous livre parfois jusqu'à l'insoutenable, la détresse, le cri, (celui d’Edvard Munch peut-être), mais aussi la sérénité qui émane d'une grande force intérieure et la maîtrise parfaite de son art. « Je veux amener l'auditeur à cette espèce d'ivresse où les situations, les époques et les lieux les plus divers qui soient, les plus opposés en apparence, se superposent, s'imbriquent, tourbillonnent et finissent par fusionner en un instant projeté dans l'éternité, c'est à dire non pas en un instant particulier qui durerait toujours, mais en une vision globale, passée hors temps et hors espace. » Cette phrase, choisie parmi les nombreux écrits d'Olivier Greif, constitue un véritable credo en ce qui concerne sa démarche de compositeur; un compositeur hors normes dans ce siècle où tout devra s'insérer dans une tendance, obéir à certains diktats, pouvoir enfin être justifié, catalogué : « J'étais au coeur des interdits idéologiques. J'ai eu du mal avec ça, mais je ne pouvais écrire une musique autre que la mienne. Ecris la musique qui sort de ton coeur. » Olivier Greif nous a quittés à l'âge de 50 ans. Pressentait-il cette fin précoce ? L'urgence extrême de son écriture musicale le laisse supposer, ainsi que la familiarité qu'il entretenait avec la mort et dont toutes ses œuvres majeures sont imprégnées. « Je pense constamment à la mort. Mais pas à la mort dans ce qu'elle a nécessairement de cessation de vie, et même pour le coup, pas du tout, mais à la mort en ce qu'elle est un ferment de la vie; une manière différente de se situer par rapport à l'existence, par rapport aux actes du quotidien, en quoi la mort nous dresse face à nous- mêmes et nous donne de nouvelles exigences. Je crois à la vie, je pense que la vie et la mort sont deux étapes différentes et complémentaires d'une même réalité. » Pourtant, ne serait-ce pas la crainte même de cette mort qui l'a amenée à adopter certaines orientations qui influeront puissamment et longuement son parcours ? D'emblée, ce chemin est particulier ! Les parents d'Olivier sont nés en Galicie aux frontières changeantes, juifs polonais, tous deux survivants de la Shoah. Ces événements, bien que vécus peu d'années avant la naissance d'Olivier, s'inscriront pourtant en lui de manière profonde et durable. Ils demeureront enfouis dans son inconscient, ne s'extériorisant que tardivement. Avant même sa naissance, sa mère prédestine ce fils à la composition musicale ! De fait, dès son plus jeune âge, Olivier se révèle un musicien d'exception, surclassant ses camarades au C.N.S.M. Agé seulement de 16 ans, on lui décerne déjà plusieurs premiers prix : harmonie, contrepoint, fugue, composition, piano. Quelques temps après, il part pour New York parfaire ses connaissances auprès de Luciano Berio à la Juilliard School ; Luciano Berio dont il devient ensuite l'assistant. Parallèlement, Olivier se frotte sans retenue à tout ce que la vie américaine a d'exaltant pour un jeune : rencontres avec Salvador Dali, Andy Warhol et son égérie “Ultra-violette”, d'autres encore... Mais rapidement, il a le sentiment d'avoir fait le tour des sensations fortes que lui offre son entourage. Une quête plus essentielle s'impose à l'homme et à sa musique : « Il y avait divorce entre ce que j'étais et ce que je voulais être ; le sentiment de ne plus être fidèle à l'idée la plus haute. A 24 ans j'avais le sentiment d'avoir bouclé la boucle... » Olivier s'engage alors dans des lectures spirituelles multiples explorant non seulement le Coran, les écrits bouddhiques, philosophiques, mais toutes les formes d'expressions spirituelles : « ce qui m'intéresse, ce sont les chemins, ce qui leur est commun » ! Le guru Sri Chinmoy, dont l'enseignement rejoint celui de Sri Aurobindo, devient son mentor, son guide. Olivier renonce à la musique, fait vœu de chasteté, revêt un autre nom : Haridas (serviteur de Dieu) et se soumet durant près de 22 ans à cette discipline de prière, de méditation, de renoncement. On peut difficilement tenter d'expliquer ce que l'on n'a pas soi- même vécu, mais sans doute cet engagement partait-il de plusieurs conflits intérieurs : Olivier se trouvait au cœur des interdits idéologiques avec lesquels il avait du mal. Par ailleurs, il avait puissamment conscience de devoir transcender la souffrance personnelle afin que celle-ci atteigne une dimension universelle : « pas d'émotion égocentrée» et qu'il n'y parviendrait qu'en accomplissant tout un travail : un chemin intérieur. « Qu'est-ce l'inspiration ? Un état privilégié où le créateur reçoit la capacité de donner vie aux choses inanimées. Une période plus ou moins longue où quelque chose en lui s'ouvre, où sa réalité terrestre devient transparente pour laisser percer la lumière transmutatrice des cieux. Une condition mystérieuse où il comprend l'unité des choses et que ce qui les tisse les unes aux autres n'est que l'amour. Et c'est ce même amour qu'il va maintenant tenter de faire passer dans son oeuvre et de transformer ceux qui le reçoivent. Très certainement, existait-il également la quête, consciente ou pas, d'un moyen qui lui permette d'acquérir une certaine sérénité face à l'omniprésence de la mort. Peut-être, malgré des moments de paix acquise, ces longues années ne lui ont-elles pas permis d'y parvenir comme il le souhaitait. Peut-être tout simplement le besoin d'écrire sa propre musique est-il devenu trop fort ? « J'éprouve comme un besoin de divorcer d'avec Dieu, le temps de recharger les batteries de notre désir mutuel l'un pour l'autre. » Olivier revient à la vie sociale et musicale en 1998. De multiples oeuvres s'imposent à lui, chacune plus forte que la précédente. On se pose de nouveau la question : pressentait-il qu'il allait sous peu être rattrapé par celle qui, depuis toujours, le hantait et qu'il a courtisée avec tant d'opiniâtreté ? Cette musique qui, souvent, part de textes de grands poètes comme Paul Celan (dont l'univers lui était par dessus tout, proche), Dylan Thomas, George Herbert, Virginia Woolf, William Blake... la préfigure sans cesse. Olivier meurt le 13 mai 2000, à l'âge de 50 ans. Mille chemins musicaux s'ouvraient à lui : « Je crois que je commence à être un vrai compositeur » disait- il." Mildred Clary Cf. www.oliviergreif.free.fr | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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GREIF Olivier - L'Office des Naufragés 
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GREIF Olivier - Hommage 



GREIF Olivier - 'Ulysses' - Ensemble Syntonia